Analyses politiques

Pontevedra, une ville sans voitures mais avec beaucoup des contournements routiers

Les référendaires contre la H18 citent la ville galicienne de Pontevedra comme une cité pionnière qui a réussi à dire non aux voitures. C’est une sorte de mensonge par omission dans le débat cantonal : manipulateurs de la réalité, ils oublient de dire que cette ville a banni les voitures parce qu’elle est entourée de contournements routiers qui dévient le trafic de transit. C’est exactement ce que le projet H18-A20 permettrait dans 15 ans : rêver à une La Chaux-de-Fonds sans voitures au centre-ville.

Le post des référendaires sur leur page Facebook mi-septembre est typique de leur « violence » argumentative que nous avons précédemment dénoncée : ici, la manipulation consistant à faire miroiter aux incrédules l’exemple miracle de Pontevedra. Un miroir aux alouettes.

En effet, ils omettent de dire que Pontevedra n’a pu se désintoxiquer de la voiture que grâce à ses contournements. L’ATE neuchâteloise (Association transport et environnement), la majorité des élus verts de La Chaux-de-Fonds, le conseiller national Fabien Fivaz et tous les autres partis politiques de la région ont une position claire qui est aussi la nôtre : oui à ce projet « sur les rails » depuis 20 ans et accepté par le peuple neuchâtelois dans le projet de mobilité 2030.

Oui mais AVEC DES MESURES COMPENSATOIRES : limitation de la vitesse en ville, revêtements anti-bruit sur les rues de transit, interdiction de circulation aux poids lourds de transit, développement de l’offre des trolleybus et bus, pistes cyclables, zones piétonnes, arborisation et zones vertes. C’est ainsi qu’en déplaçant le trafic du centre-ville, on l’y réduira avec d’énormes avantages globaux.

Nous avons étudié comment la ville galicienne de 85’000 habitants avait réussi son projet de bannir la voiture. Le maire élu en 1999 a initié son projet au moment où l’autoroute AP9 a été terminée. Appelée aussi Autopista del Atlántico , c’est une autoroute espagnole de 220 km située dans la communauté autonome de Galice, surnommée autoroute de l’Atlantique. Elle relie La Corogne au nord à la frontière portugaise permettant de rejoindre le Portugal par l’autoroute portugaise A3. Elle fut terminée en 2000.

Elle permet le contournement ouest de Pontevedra. Une bretelle de contournement permet également la liaison est-nord et non-est entre les nationales 541 et 550.

Ainsi enclavée entre le fleuve Lerez et ses routes de contournement, Pontevedra, avec son centre-ville sans voiture (en bleu), a pu devenir pionnière et se désintoxiquer de la voiture, comme l’explique Le Monde dans un article du 17 juin dont nous reproduisons les principaux passages.

La municipalité du nord-ouest de l’Espagne a vu, en vingt ans, les émissions de CO2 chuter de 60 % grâce à une politique de « désintoxication » de la voiture menée par la mairie. De plus en plus de municipalités en rêvent. Pontevedra est passée à l’acte. « Au début, c’était dur, mais en vingt ans la qualité de la vie s’est tellement améliorée », témoigne un habitant.

En 1999, lorsque Miguel Anxo Fernandez Lores se présente aux élections municipales, la cité de Galice était sclérosée par la circulation, il développe un projet global qui dissuade vraiment les gens d’utiliser leur véhicule individuel.

Le transit en centre-ville a été maintenu, mais fortement restreint pour les véhicules motorisés, les places de stationnement supprimées au profit de parkings souterrains (payants). La vitesse est limitée à 20 km/h, et même à 10 km/h dans le centre historique (où seuls les véhicules des professionnels, des résidents et des personnes handicapées sont autorisés à circuler). On ne peut pas stationner plus de quinze minutes. « Il faut penser à l’envers, confie un policier, ceux qui marchent sont les rois de l’espace public. »

D’où l’autre révolution urbaine : la mise en place d’immenses « parkings de dissuasion », entièrement gratuits pendant vingt-quatre heures. D’un bout à l’autre de la ville, il ne faut guère marcher plus d’une demi-heure, et le premier parking gratuit est toujours à moins d’un quart d’heure à pied. Le long des ruelles pavées, des panneaux – les metrominutos – affichent, à la manière d’un plan de métro, les distances et le temps de marche entre différents lieux du centre-ville.

Dans le centre historique, les trottoirs ont été supprimés, au profit d’une voirie sans obstacle urbain. Des bancs ont été installés, des espaces végétalisés et des aires de jeux pour enfants créés. Le reste de la ville a été agrémenté d’aménagements paysagers, de trottoirs élargis, de passages piétons surélevés. Les rues à double sens ont disparu. Mesure notable et radicale : pour protéger les petits commerces, les centres commerciaux en périphérie ont été bannis.

Aujourd’hui, 70 % des déplacements en ville sont effectués à pied. Et les émissions de CO2 ont chuté de 60 %. « Pontevedra est la preuve qu’une ville relativement importante peut vivre presque sans voiture ni transports en commun, en favorisant la marche et les modes doux », relève Sonia Lavadinho, spécialiste de la mobilité durable au Centre de transports de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse).

Bien sûr, cette piétonnisation ne s’est pas faite du jour au lendemain, ni sans contestations, notamment chez les commerçants. Mais aujourd’hui personne ne veut revenir en arrière. Dans cette région atlantique qui se vide de ses citoyens, Pontevedra a même gagné de nouveaux habitants.

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