Vivre en ville

Trolleybus à batterie ou bus à recharge occasionnelle ?

Dans quelques mois nous connaîtrons la décision du Conseil d’État sur le renouvellement de la flotte des bus diesel à La Chaux-de-Fonds. Malgré notre préférence et celle de l’ATE pour le retour des trolleybus, il n’est pas sûr que cette solution sera privilégiée. Peut-être aura-t-on des bus électriques à recharge occasionnelle.

Les tensions semblent importantes entre Laurent Favre et Pascal Vuilleumier, directeur de TransN. Cet article se propose d’approfondir les informations données samedi 26 décembre 2020 par ArcInfo et de revenir sur les événements politiques de juin 2014. Une chose est sûre : le point de vue des citoyens est trop laissé de côté dans ces décisions sur lesquelles nous n’avons que très peu de prises.

Winterthour, 26 décembre 2016 : trolleybus Hess

1. La réponse de Théo Huguenin au Conseil général le 26 juin 2020

Lors du Conseil général du 26 juin 2020, le Conseiller communal responsable des transports, Théo Huguenin, a clairement répondu à une interpellation du Vert François Perret qui s’inquiétait de la future disparition des lignes électriques à la rue du Docteur-Coullery.

François Perret :  » Il semblerait même qu’il y ait même certains projets de travaux où on prévoit de supprimer les pilonnes de ces lignes aériennes car des travaux se font sur ces routes et le démantèlement est un peu prévu. C’est donc la question de savoir où on est exactement avec ces lignes aériennes qui devaient être maintenues. « 

Théo Huguenin :  » D’abord une clarification : ça n’est pas TransN qui va décider quel type de véhicules circulera dans l’avenir pour les transports publics urbains, que ce soit en Ville de La Chaux-de-Fonds ou que ce soit partout ailleurs, mais ça n’est pas non plus la Ville de La Chaux-de-Fonds. Vous verrez dans le développement, nous avons émis notre positon, mais c’est bien le Conseil d’État, via le Service cantonal des transports, qui commandera la prestation et TransN, qui est l’entreprise qui fournit cette prestation, développera la stratégie qui sera dictée par le Conseil d’État (mais naturellement TransN est consulté). (…) Le Conseil communal souhaite que l’avenir des transports publics urbains soient un avenir électrique – ceci au moins sur les grandes lignes – et nous souhaitons cela dès 2024, au moment du renouvellement de la flotte. (…) La Confédération a récemment communiqué sa volonté de voir partout en Suisse s’appliquer une transition énergétique vers l’électrique dans les modes de propulsion des transports publics urbains et elle est prête à s’engager financièrement pour cela, vraisemblablement par le projet d’agglomération et ceci c’est également une bonne nouvelle pour que nous puissions atteindre notre objectif. Si nous ne savons pas encore quel type de bus circulera après le renouvellement de la flotte en 2024, nous savons que la technologique a avancé. Ainsi, il n’est plus question de trolleybus « standards » mais de trolleybus avec batteries. Ces trolleybus peuvent circuler sur 40% de leur parcours sans lignes de contact. Ce sont des trolleybus qui sont aujourd’hui confrontés, dans l’étude commandée par l’État, aux bus électriques avec des batteries modestes chargées en tête de ligne, ce qu’on appelle les « plug-in ». (…) On sait que les trolleybus pourraient se passer de lignes de contact qu’il est prévu effectivement de démanteler, notamment au centre de la Ville, par exemple le long de la rue du Docteur-Coullery. « 

2. La position de Laurent Favre le 26 décembre 2020 dans ArcInfo

Dans son article paru en ligne le 26 décembre 2020, le journaliste Pascal Hofer d’ArcInfo interpelle Laurent Favre sur les lettres envoyée à l’État, notamment par l’Association Transports et Environnement. Le dossier est  dans les mains d’un comité de pilotage composé du Canton, de TransN, des Villes de Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds et du Locle, et enfin d’une société spécialisée. Il est présidé par le conseiller d’Etat Laurent Favre. Ce dernier a dit à M. Hofer : «  Les trolleybus avec batterie montrent effectivement de réelles qualités. En l’état, ils ont les faveurs de mon département » (au vu des deux lettres évoquées, on en déduit qu’y a actuellement un désaccord entre ce département et TransN). » Ce désaccord relève d’une longue trolleyphobie que TranN développe depuis des décennies à l’égard des trolleybus.

3. La trolleyphobie de TransN

Si les trolleybus ont été abandonnés à La Chaux-de-Fonds, c’est parce que Jean-Michel von Kaenel, l’ancien directeur de ce qui était encore les TRN à l’époque, avant la fusion des compagnies de Neuchâtel et des Montagnes neuchâteloises, était un trolleyphobe et un pro hybrides. La Chaux-de-Fonds était avec Bâle et Lugano la seule ville de Suisse qui avait abandonné le trolley. En 2014, comme nous le rappelons plus bas, nous avions mis en difficulté le directeur Pascal Vuilleumier qui n’était même pas au courant de l’existence et de la fiabilité des trolleybus Van Hool en service à Genève. Il argumentait qu’il fallait abandonner les trolleybus à La Chaux-de-Fonds à cause de la braderie et des chantiers ainsi que de l’absence de lignes sur la nouvelle place de la Gare !

Aujourd’hui les paroles de Laurent Favre laissent penser que cette trolleyphobie n’a pas changé. Comme le dit l’ATE citée par Pascal Hofer, « toutes les villes suisses qui disposent de réseaux de lignes aériennes les conservent et commandent les unes après les autres des trolleybus à batterie, ce qui leur permet d’étendre facilement leur réseau sans électrifier les nouveaux tronçons. On en déduit que la solution des trolleybus à batterie offre le meilleur rapport fiabilité/coûts. C’est notamment le cas à Zurich, Saint-Gall, Lucerne, Berne, Bienne, Vevey-Montreux, Lausanne et tout récemment Fribourg

À La Chaux-de-Fonds, il nous reste suffisamment des lignes bien entretenues qui peuvent sans gros travaux supplémentaires accueillir des trolleybus qui dépercheront et repercheront avant et après la place de la Gare, ou même sur la rue Alexis-Marie-Piaget s’ils vont à l’hôpital.

En l’état actuel nous ignorons les positions exactes de TransN. Mais nous ne faisons que moyennement confiance à cette entreprise très mal classée en 2018 dans une enquête de l’Office fédéral des transports portant sur la propreté et l’information au public.

Deux exemples récents pour illustrer la communication déficiente de TransN. Cet été il était peu clair que l’offre DUO n’était valable que les week end. De plus, depuis le 13 décembre à La Chaux-de-Fonds, les cadences à dix minutes sont prolongées de 19 à 20 heures. TransN a trop peu communiqué sur cette nouvelle offre !

4. La position de l’ATE

Celle-ci peut être résumée ainsi, outre l’argument qu’aucune ville suisse n’a démantelé ses lignes existantes, comme nous l’avons écrit plus haut.

  • Les coûts d’achat sont les mêmes, qu’il s’agisse des véhicules ou des batteries.
  • Les trolleybus à batterie ne demandent pas d’investir dans des nouvelles infrastructures à Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds.
  • L’acquisition et l’installation de stations de recharge aux terminus des lignes va générer des coûts ; la technologie des trolleybus à batterie a déjà fait ses preuves, contrairement à celle des bus à recharge occasionnelle.

5. Comparaison entre les trolleybus à batterie et les bus à recharge occasionnelle

Les défenseurs des trolleybus ne sont pas tous des techniciens des transports mais savent où aller chercher l’information. Par exemple dans cette brochure de 2019, publiée par l’OFT, Guide pratique des systèmes de propulsion. Y sont consultables des tableaux comparatifx des deux types de véhicules. De ce point de vue, les trolleybus ressortent du lot surtout quand les lignes électriques exsitent déjà.

6. L’exemple de Fribourg

Selon Le Matin du 9 octobre 2020, à Fribourg, dix trolleybus à batterie construits «  par la société soleuroise Hess, vont remplacer au début de 2021 les trolleybus bimode, électrique et diesel, qui circulent depuis 16 ans« . L’économise sera entre 300’000 et 400’000 litres de diesel par an. Ils circuleront dans l’agglomération de Fribourg en ne recourant à une ligne de contact qu’à hauteur de 28%.  » Ils disposent d’une batterie de 66 kilowattheures (kWh) d’une tonne fixée sur le toit, qui lui donnera l’autonomie pour circuler sur la ligne 1. Le trolleybus sera en contact avec une ligne d’alimentation seulement sur 28% du parcours. Le solde des 7,5 kilomètres s’accomplira en recourant à la batterie « . Ces véhicules tellement silencieux émettront du son à l’avant pour signaler leur passage.

Les nouveaux trolleybus sont certes un peu plus chers, 1,3 million de francs l’unité, mais «ils sont plus respectueux de l’environnement et causent moins de bruit», a indiqué le conseiller d’Etat Jean-François Steiert, en charge des transports publics. Les émissions de CO2 diminueront de 800 tonnes par an. En termes d’infrastructures, les lignes de contact existantes sont maintenues, sans extension. Coûteuses à l’entretien et peu esthétiques, elles pourraient à terme être moins présentes dans la ville. À Zurich, par exemple, les trolleybus «déperchent» et «reperchent» dans des zones comme les giratoires.

7. Le sauvetage des lignes électriques en juin 2014

En juin 2014, nous nous étions battu pour le maintien des lignes de trolleybus et Sylvia Freda de L’Impartial nous avait consacré en août un bel article dont nous reproduisons le texte.

Photo de Richard Leuenberger pour L’Impartial

Si les choses avaient mollement suivi leur cours, à l’heure qu’il est le législatif aurait probablement voté la disparition des trolleybus en ville de La Chaux-de-Fonds, le 30 juin dernier. Et nous serions en train de les enterrer vraiment. Le refrain en boucle d’un chœur de mélancoliques et de passionnés aurait dès lors résonné loin à la ronde de la Cité des maîtres du temps: «L’avenir des transports publics, c’était mieux avant…»

Mais… le 30 juin n’a pas sonné le glas des trolleybus. Et aujourd’hui, il n’est pas du tout sûr que leur histoire finisse tristement et inéluctablement par leur abandon. En partie grâce à un homme qui s’est laissé transporter par l’émotion.

Emporté par son refus de voir les dés jetés, cet homme, un élu socialiste du Conseil général de la Métropole horlogère, le professeur Daniel Musy, a voulu déplacer les Montagnes. «Je ne cessais de penser au sort réservé à nos trolleys. Au point que j’en avais fini par perdre le sommeil.» Sur Facebook, il va même écrire, dans un élan romantique, qu’il se battra «jusqu’à la mort» pour les sauver.

Alors il s’attelle avec fougue à leur sauvetage. Le 25 juin, à 18h30,il a une réuniond’information organisée par le Conseil communal afin de préparer la session du Conseil général du 30 juin, la fameuse qui risquait à 99% d’être fatale aux trolleys, car «en gros une importante majorité allait accepter leur évincement par des bus hybrides». Argument massue brandi et justifiant leur retrait : la suppression de la ligne aérienne sur la place de la Gare les condamnait, si on ne voulait pas en réinstaller une, ce qui signifiait une dépense de plusieurs millions.

À cette rencontre – qui rallie 15 conseillers généraux – participeront ledirecteur de TransN, Pascal Vuilleumier, ainsi que deux auteurs du rapport commandé par le Conseil communal sur les trolleys à la société Transitech et à la HEG de Bienne.Il se trouve que le 25, Daniel Musy a juste un cours le matin et qu’ensuite il a congé, car les examens sont finis. Donc il décide de partir direction Genève et d’embrasser à bras-le-corps une mission.

Sa mission ? Devenir un passeur de l’idée que non, les trolleybus n’ont pas fait leur temps. Parce que non, ils ne sont pas forcément dépendants d’une ligne aérienne, contrairement à la croyance largement répandue. L’idée, forte, est devenue évidence, suite à une séance planifiée par les Verts le 16 juin (encadré). Et dans le but de le prouver il va faire l’aller-retour entre La Chaux-de-Fonds et Genève. Dans la cité de Calvin, il voit les trolleys ExquiCity, de la marque belge Van Hool de près et en fonction. Il les filme et les prend en photos avec son iPad, tandis qu’ils avancent sans être perchés à aucune ligne.

Il échange, sur place, avec des cadres, entre autres, des Transports publics genevois (TPG). Ces derniers lui ont concocté un programme ad hoc afin qu’il ait les réponses à ses questions sur le terrain. «Ces hommes, qui m’ont accueilli sont par ailleurs aussi membres de l’ATE (Association transports et environnement). Ils défendent par conséquent une cause en plus d’assumer leurs responsabilités professionnelles.»

Au dépôt de la Jonction, il découvre les trolleybus autonomes des TPG. Ils perchent et déperchent automatiquement après que le chauffeur a simplement appuyé sur un bouton. « Silencieux, confortables, ces trolleys roulent de manière fluide. C’est un plaisir d’être à bord. Le matin, les spécialistes qui m’ont reçu dans la ville du bout du lac venaient de faire des essais sur 4 kilomètres, à la montée, avec un trolley déperché. Suite à ce trajet, ce dernier avait encore 50% de ses batteries pleines ! »

Une fois qu’il a observé l’ensemble de ce qu’il tenait à découvrir de ses yeux, à 15h, Daniel Musy repart en train direction la Métropole horlogère, monte, pendant le trajet, sur son iPad, les images des trolleys qu’il a filmées. À 18 h. 30, il participe à la réunion d’information, «assez houleuse», où il expose son petit film, notamment à ses camarades socialistes qui comprennent ce qu’il est allé vérifier à Genève. Une fois son exposé présenté, il se rend compte que «Pascal Vuilleumier était mal à l’aise» et il a la «très nette impression que la situation s’est retournée», que le mot fin pour les trolleys n’est pas écrit. Et il n’a pas tort, puisque Théo Huguenin-Elie, conseiller communal en charge des transports, prononce le retrait du rapport sur les trolleys prévu lors du Conseil général du 30 juin. Voici, comment, dans une réelle course contre la montre, à moins une, Daniel Musy a renversé la vapeur.

C’est par curiosité que, le 16 juin dernier, Daniel Musy a rejoint une réunion organisée par les Verts autour de la thématique des trolleys. L’assemblée comptait d’autres socialistes et quelques popistes. «Vu la présence de représentants de diverses gauches, j’ai lancé un joyeux «Voilà la gauche unie!» à mon arrivée! Une façon de dire que malgré nos divergences, nous savons former aussi un front uni.» À cette rencontre, des spécialistes des transports publics de Genève et de Fribourg ont évoqué les trolleybus Van Hool qui sillonnent leur ville. «Ils peuvent circuler sans dépendre d’une ligne aérienne, et sur plusieurs kilomètres, même en montée, y a-t-on entendu.» Leurprix, 890 000 francs pièce, est bien moins élevé que le 1,2 million l’exemplaire que les membres du législatif chaux-de-fonnier ont pu lire dans le dossier sur le réaménagement de la place de la Gare en mars 2012, au chapitre du devenir des trolleys. «Ces derniers sont destinés à céder le champ aux bus hybrides, vu leur déviation difficile lors des manifestations ou des chantiers notamment, et vu la nécessité de dégivrer les lignes en hiver, en recourant à un dégivrant extrêmement polluant. Nous utilisons tous du dégivrant pour nos voitures !Ah quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage… C’est connu…»

Et ce qui laisse dubitatives les personnes présentes le 16 juin et Daniel Musy particulièrement, c’est que «nulle part, le rapport du bureau Transitech, organisme censé être neutre et avoir présenté aux élus un comparatif des moyens de transports publics existants, ne mentionne des trolleys qui perchent et déperchent à souhait et roulent parfaitement, y compris sans contact avec leur ligne aérienne, tel qu’on le constate par exemple à Genève! Pas très normal, semble-t-il! Bon, en 2012, on ne connaissait pas, comme maintenant, ces nouvelles technologies. Ceci explique probablement cela.»

En partie. Le reste s’explique par le fait qu’on avait décidé, à La Chaux-de-Fonds, de donner la priorité aux bus hybrides. « Car ainsi le voulait TransN. Nul n’ignore, dans ledomaine des transports publics en Suisse,  queJean-Michel von Kaenel, l’ancien directeur de ce qui était encore les TRN à l’époque, avant la fusion des compagnies de Neuchâtel et des Montagnes neuchâteloises, était un «trolleyphobe» et un pro hybrides. Mais avec des bus hybrides on est dépendant de toute augmentation du coût de l’essence. Imaginons que la crise fasse flamber les prix… ».

2 réponses »

  1. Merci beaucoup Daniel pour l’excellent article ainsi que les recherches afin de défendre nos trolleys en quoi je pense aussi que c’est la meilleure solution pour l’avenir dans notre ville…

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