Analyses politiques

Analyse des suffrages de P. Herrmann, K. Babey et T. Huguenin

Patrick Herrmann a-t-il été défavorisé par la polémiquette sur son double salaire, Katia Babey a-t-elle subi une lourde défaite face à Théo Huguenin ? Grâce à l’analyse détaillée des suffrages des candidat-e-s, on peut répondre non à ces deux questions.

Pour les abeilles c’est un vol compliqué à travers les feuillus du site cantonal avant de trouver les fleurs des données. Il faut tomber sur la page des résultats et consulter des fichiers PDF et ESCEL qui nous apportent les données nécessaires à l’analyse. 

Patrick Herrmann a été plébiscité par l’électorat

Essayons de synthétiser en prenant d’abord l’exemple de Patrick Herrmann : a-t-il perdu beaucoup de voix vertes, a-t-il été peu soutenu par d’autres électeurs ? Assurément non. Le fichier « Provenance des suffrages des bulletins modifiés de la liste » nous le prouve. Vous pouvez ici le télécharger.

Pour décrypter cet embrouillamini de colonnes et de chiffres, commençons par le commencement !

Dans une élection à la proportionnelle, l’électeur a trois possibilités s’il veut voter Herrmann : il met un bulletin vert sans le modifier et PH reçoit un suffrage comme tous les camarades de sa liste (les Verts en ont reçu 921); il met ce bulletin en le modifiant (582 bulletins reçus par les Verts) ou il ajoute le nom d’Herrmann sur le bulletin d’un autre parti ou sur un bulletin sans dénomination.

Le triomphe de Patrick s’explique par les 1937 suffrages qu’il a reçus d’électeurs ayant choisi ce troisième mode de faire. Il devance sa colistière arrivée deuxième, en quelque sorte sa dauphine, Ilinka Guyot, de 1379 suffrages. En comparaison, nous le verrons plus bas, Théo Huguenin n’a que 636 suffrages d’avance sur Katia Babey.

Revenons à l’analyse détaillée des suffrages reçus par Patrick, la désormais reine-mère de la ruche chaux-de-fonnière ! Commençons à lire par la droite. 

PH a donc reçu 2858 suffrages. 921 viennent de 921 électrices et électeurs vert·e·s. qui ont mis un bulletin vert dans l’enveloppe sans le modifier. « Je vote pour ce parti, pours idées », peu importe qui les défend ».

Les 1937 suffrages de bulletins modifiés se répartissent ainsi :

  • 891 viennent d’électeurs et d’électrices qui ont inscrits le nom de PH sur un bulletin sans dénomination (quitte à donner le reste de leurs suffrages aux Verts, à inscrire d’autres noms, ou à laisser seulement le nom d’Herrmann, choisissant ainsi de n’utiliser qu’un suffrage sur les cinq à leur disposition).
  • les 1046 suffrages restants viennent d’électeurs ayant mis une liste d’autres partis dans leur enveloppe. Soit 42 électeurs de la liste 7 (Vert’lib), 10 de la liste 6 (PDC), 22 de la liste 5 (UDC), 141 de la liste 3 (POP), 228 de la liste 2 (PS, ce qui signifie que sur 594 électeurs socialistes qui ont mis un bulletins PS en le modifiant, 228 ont rajouté PH (cf plus bas)), 96 de la liste 1 (PLR). Le chiffre 507 de la liste 3 (Les Verts) mérite une explication plus complexe. Au début cette analyse, nous avons vu que 582 électeurs ont choisi de mettre un bulletin vert dans leur enveloppe de vote en le modifiant. Ce qui signifie que 75 d’entre eux seulement ont tracé Herrmann alors que Ilinka Guyot (253) a été tracée 329 fois, Marc Fatton 345 fois, Laurent Stehlin 420 fois et Barbara Blanc 441 fois. 
  • C’est la preuve que les électeurs verts ont plébiscité Herrmann et ne lui tiennent pas rigueur de sa position sur son double salaire. De même que les 464 électeurs des autres partis et les 891 électeurs « libres » ayant voté sur un bulletin sans dénomination. 
  • De plus, la légitimité de Patrick Herrmann à exercer sa nouvelle fonction est double : il est sorti premier de sa liste et a reçu un soutien personnalisé de bien plus d’électeurs que Théo Huguenin (+ 222), que Théo Bregnard (+ 355), que Jean-Daniel Jeanneret (+ 587) et que Thierry Brechbühler (+ 1059). 

Katia Babey n’a pas subi une lourde défaite

Reprenons l’exercice avec Katia Babey, deuxième sur la liste du PS qui n’avait droit qu’à un siège à la répartition proportionnelle des suffrages. Son second siège de 2016 s’expliquait par la débâcle des Verts après les quatre ans catastrophiques de Nathalie Schallenberger qui avait refusé de rempiler. 

Pour comprendre le score de Madame Babey, il faut le comparer avec celui de 2016.

Remarquons d’abord qu’entre 2016 et 2020, le PS a perdu 560 électrices et électeurs qui avaient mis une liste compacte dans leur enveloppe. C’est énorme car cet électorat sera difficile à retrouver pour les élections cantonales : c’est l’annonce d’une terrible débâcle pour le PS cantonal, plus du tout en odeur de sainteté dans le Haut. D’autant plus que l’électorat ne pourra choisir qu’une seule liste par parti avec la disparition du vote par district. C’est la nouvelle « circonscription unique » contre laquelle nous avions voté non !

L’écart entre THE et KB était de 1563 suffrages en 2016, davantage que les 636 suffrages en 2020 ! En 2016, KB avait reçu 1370 suffrages du bulletins modifiés, 1079 en 2020, soit 291 de moins mais avec une participation de 7 points en moins. THE a lui perdu 1218 suffrages en quatre ans ! 

Quant aux électeurs qui ont tracé Katia Babey en 2016, ils étaient 248 en 2016 (30 % de traçage sur des bulletins socialistes modifiés) et 252 en 2016 (42 %). C’est un écart minime et non significatif  Elle a certes été plus tracée mais a proportionnellement moins perdu de soutien chez les électeurs non socialistes que Théo Huguenin.

Cette élue courageuse et vilipendée par ArcInfo n’a donc ni subi une lourde défaite ni perdu le soutien de son électorat.

Les résultats détaillés des candidat·e·s au Conseil général

Une internaute se demandait pourquoi certains ténors socialistes masculins au Conseil général (Pascal Bühler, membre de commissions culturelles, Patrick Jobin, le chef de groupe, et Michaël Othenin-Girard, le président de la section des Montagnes) n’avaient pas été réélus. 

La réponse, une fois de plus, se trouve, dans l’analyse détaillée de la provenance des suffrages.

L’écart entre Madame Lièvre, 6e et Monsieur Othenin-Girard, 13e, est minime, 53 suffrages sur près de 1450, soit même pas 0,4 %. On peut voir que la première, avec ses 502 suffrages, est très légèrement moins tracée sur les 671 bulletins modifiés attribués au PS : 25,2 % de traçage contre 25,5 % à Michael. Elle reçoit 10 suffrages de plus sur des bulletins sans dénomination et 34 de plus provenant de bulletins attribués à d’autres partis. C’est donc le vote de 72 électeurs popistes (contre 45 à MOG) qui fait la différence en faveur de Madame Lièvre.

Par contre peut-on parler de différence entre le 7e, Pierre-Alain Borel et le 12e, Patrick Jobin ? 24 suffrages d’écart, ce sont 24 personnes qu’on n’a pas réussi à mobiliser. Une élection se joue aussi dans le pouvoir de conviction d’un·e·candidat·e à l’égard de ses réseaux familiaux, amicaux, professionnels, associatifs.

Dernière remarque sur ces résultats socialistes : le score canon de Silvia Locatelli, 41 ans, future secrétaire cantonale du syndicat UNIA. Elle devance Théo Huguenin et Katia Babey de 158 et 264 suffrages. Le potentiel de sympathie, de reconnaissance de compétences et de réservoir politique à gauche est un signe qui ne trompe pas. Madame Locatelli a son avenir politique devant elle.

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