Séances du Conseil général

Lettre ouverte à Brigitte Leitenberg, Patrick Herrmann et Jean-Daniel Jeanneret sur les liens entre éoliennes et Unesco

Chère Madame la candidate, chers Messieurs les candidats,

Les partis que vous représentez pour l’élection au Conseil communal du 25 octobre (Vert’libéraux, Verts et PLR) sont quasiment assurés ou ont de fortes chances de gagner un siège. Vous-mêmes partez favori-te-s pour être premier-ère de liste.

Le 18 novembre, vous pourriez les trois prendre vos nouvelles fonctions au sein d’un Conseil communal renouvelé et devoir décider rapidement l’avenir que vous donneriez à l’inscription de notre ville au patrimoine mondial de l’Unesco.

C’est sur ce sujet que nous vous écrivons, comme initiateur en 2000 de cette inscription, et surtout comme observateur attentif de la dernière séance du Conseil général, le 24 septembre 2020.

Ce jour-là, le parti de l’un d’entre vous, le PLR, a défendu une résolution demandant au Conseil communal de « retirer son opposition au projet éolien du Crêt- Meuron ». Selon M. Marc Frutschi, l’auteur de cette résolution, « les éoliennes du Crêt-Meuron n’entrent pas en conflit avec l’inscription de la Ville au patrimoine mondial de l’UNESCO car elles se situent à l’extérieur de la zone tampon du périmètre. »

Le Conseil communal a en effet fait opposition à la construction du parc éolien du Crêt-Meuron tant que l’Unesco n’aura pas garanti au canton qu’il n’y aurait pas incompatibilité entre ces éoliennes et la pérennité de notre inscription.

Malgré les explications rassurantes du Conseil communal qui retirera son opposition si ces garanties sont données, le vote a eu lieu car le PLR n’a pas voulu retirer sa résolution. 6 PLR sur 8 l’ont votée. Le PS, le POP, l’UDC et 1 vert sur 5 s’y sont opposés. 2 PLR, 1 popiste et 4 verts sur 5 se sont abstenus.

Supposons maintenant que dès votre entrée en fonction, l’Unesco nous dise que notre inscription est menacée si une forêt d’éoliennes se dressent au sud de la ville, dans le prolongement visuel de l’espace de l’urbanisme horloger.

Les citoyen-ne-s éolosceptiques et fiers de la reconnaissance mondiale de notre originalité urbanistique sont donc légitimés à vous demander, si vous souhaitez répondre bien sûr, ce que vous feriez dans ce cas.

La réponse du groupe PLR lors de la séance du 24 septembre a été sans ambiguïté. En vertu d’une pesée d’intérêt entre valeur patrimoniale et urgence climatique, il a annoncé qu’il serait prêt à sacrifier notre inscription. La position de la majorité des Verts et des Vert’libéraux neuchâtelois n’est pas plus nuancée au Grand Conseil et sur les réseaux sociaux : l’opposition de la ville de La Chaux-de-Fonds y est brocardée.

Il nous paraît donc légitime, à travers cet article d’un nouveau blog consacré à la vie de la cité, de vous demander si vous êtes d’accord de nous répondre dans les commentaires de ce blog.

Nous vous assurons que nous serons respectueux de votre point de vue que nous nous emploierons à reproduire fidèlement.

Chère candidate, chers candidats, nous vous souhaitons une bonne suite de campagne avec nos bonnes salutations.

Jeudi 30 septembre, sur leur profil Facebook, la section des Montagnes des VL et B. Leitenberg ont répondu de manière circonstanciée. Un grand merci !

B. Leitenberg :

Cher Daniel Musy, Après la lecture attentive de votre interpellation, je comprends compte tenu de votre engagement dans la vie politique de la Ville depuis tant d’années que notre position vous importe.Les vert’libéraux des Montagnes neuchâteloises ont regretté la décision du conseil communal qui par excès de zèle a fait fi de la décision du peuple concernant les cinq sites éoliens, en mai 2014. https://www.letemps.ch/leolien-un-bond-neuchatel.Même si j’apprécie particulièrement cette zone du Crêt Meuron, pour y pratiquer différentes activités sportives, été comme hiver, je partage la volonté des Vert’libéraux de soutenir et accélérer les projets de centrales éoliennes ou solaires dans la situation actuelle d’urgence climatique. Je pense que nous avons la responsabilité de favoriser la transition énergétique. La mise en service d’énergies renouvelables nécessite des choix, des changements et quelques fois des crève-cœurs. Je me permettrai également de relativiser la « forêt d’éoliennes » que se composerait de 7 éoliennes qui pourraient éventuellement être aperçues de quelques points de la ville. L’entrée des villes du Locle et de La Chaux-de-Fonds au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2009 a nécessité un travail admirable – et de l’imagination par ailleurs – de ses initiateurs, et contribue à un sentiment de fierté et à un certain rayonnement des Villes du Haut.Mais il a été attribué pour son urbanisme horloger dans un périmètre urbain et pour la conservation de l’intégrité et de l’authenticité du tissu urbain ancien ainsi que la continuité dans la tradition et l’innovation de leur industrie. La zone du Crêt Meuron se trouve bien largement à l’extérieur de ce périmètre urbain.Je ne vois pas pourquoi la Ville bloque ce projet alors qu’en plein centre du périmètre urbain un îlot vert, lui, nuit à l’intégrité et à l’authenticité du tissu urbain.https://www.unesco.ch/fr/culture/patrimoine-mondial/.Le trop grand zèle voué à l’UNESCO parvient aujourd’hui à bloquer les projets éoliens et solaires pourtant hautement complémentaires apportant d’autres sources d’énergie renouvelables.Le label Unesco doit-il avoir la priorité sur l’urgence climatique ?Une étude sur les retombées financières et culturelles du label UNESCO depuis 10 ans pourrait-être demandée.Dans cette situation mondiale l’Unesco ne devrait-elle pas adapter ses règles pour favoriser la mise en place d’une transition énergétique?https://www.local-energy.swiss/…/2000-watt-gesellschaft… Cela nous permettrait, pourquoi pas, au vue de notre situation exceptionnelle d’ensoleillement de nous orienter vers une labélisation d’une ville à 2000 Watts à 1000m !

Les Vert’libéraux des Montagnes :

« Depuis le début de sa création la section des Vert’Libéraux des Montagnes Neuchâteloises s’interroge sur le sujet « Eoliennes et UNESCO ».Sa conclusion, malgré des sensibilités différentes, va vers la priorité donnée à l’urgence climatique.Voici un extrait de séance de travail au printemps 2020@Pascal Kaufmann rappelle que les vert’libéraux du canton de Neuchâtel ont regretté la décision du conseil communal qui, par excès de zèle, a fait fi de la décision du peuple concernant les cinq sites éoliens, en mai 2014. Ces mêmes vert’libéraux ont toujours soutenu les projets de centrales éoliennes ou solaires, bien que ce ne soit surtout pas une condition sine qua none pour être membre du parti. @Brigitte Leitenberg se dit sensible à l’aspect de la protection du paysage et du domaine skiable mais il s’agit aussi, à ce moment-là, de proposer des solutions par rapport à l’urgence climatique. @Dino Belometti, prioritairement favorable à une ville à 2000 Watt, précise que l’entrée au patrimoine immatériel de l’UNESCO a nécessité un travail admirable – et de l’imagination par ailleurs – de ses initiateurs. @Laurent Delacroix ajoute que cela contribue quand même à un sentiment de fierté, à un certain rayonnement des Villes du Haut, honorant la métropole horlogère – peut-être – à devenir la première capitale culturelle de la Suisse pour autant que cela ne devienne pas un gouffre financier.@Alain Othenin-Girard met l’accent là où le bât blesse; c’est qu’il doit y avoir à un moment donné retour sur investissement et au-moins la possibilité d’éviter des blocages en matière d’assainissement du parc immobilier. @Aliénor Zaffalon ajoute, quant à elle, que le trop grand zèle voué à l’UNESCO parvient aujourd’hui à bloquer les projets éoliens et solaires pourtant hautement complémentaires avec également d’autres sources d’énergies renouvelables. @Martine Eliane regrette que du coup, les investisseurs refroidis par des Montagnons à la réputation timorée hésitent à parier sur l’avenir de nos cités. Et ce, toutes industries confondues , malheureusement compléte @José Ramos. En résumé, le groupe pense que l’urgence climatique est prioritaire, veut s’orienter vers une ville à 2000 Watt, reste globalement favorable aux “cinq sites éoliens” et pense que le dialogue avec l’UNESCO doit être mieux profilé et anticipé. Si un des membres est élu au Conseil communal, il demandera une étude sur les retombées financières et culturelles du label UNESCO depuis 10 ans. Finalement à quoi servirait d’investir et de s’investir pour le bien d’une ville et de ses habitants, si à la fin c’est une ONG dont le but, entre autres rappelons-le, est de contribuer au maintien des libertés fondamentales qui met en quelque sorte la cité sous tutelle.« 

Jeudi 8 octobre, nous avons reçu la réponse de M. Jean-Daniel Jeanneret dont nous le remercions vivement.

Cher Daniel,

Merci pour cette question pertinente. Je serai le plus bref possible, mais je précise que ma réponse est une réponse personnelle qui n’engage nullement le PLR, notre parti accueillant en son sein des avis différents sur ce sujet sans que cela n’entache nos valeurs libérales, humanistes et républicaines.

Je suis un opposant aux éoliennes dans le massif jurassien, et ce depuis plus de vingt ans. Il me semble même avoir dû écrire une tribune libre dans L’Impartial sur le sujet. Je ne vais donc pas changer d’avis maintenant que nous sommes en période électorale, ni si je dois accéder au Conseil communal. Pour moi, soit on admet qu’une éolienne a sa place n’importe où, y compris dans la rade de Genève ou devant l’Hôtel Palafitte, ou on admet que cela présente une détérioration de nos paysages et de la qualité de vie de ceux qui naturellement y sont confrontés. Je ne suis pas certain que l’attractivité résidentielle de Montfaucon ou du Peuchapatte aie beaucoup bénéficié de l’implantation dans leur proximité de machines à vent. Il en serait de même pour notre ville et notre région qui n’y gagnerait rien, ni emploi, ni habitant, ni touriste, qui plus est sans apporter une réponse à la question climatique. Mais comme les Montagnons sont souvent pris pour des citoyens de seconde zone, il n’est pas étonnant que la bien-penssance veuille se donner bonne conscience en implantant des turbines loin de ses horizons. Donc UNESCO ou pas, je reste et demeure opposé à l’implantation de parcs éoliens dans le Jura et à proximité de notre ville. D’autre part, je reste dubitatif quant aux performances de ces machines qui sont rentables dans des zones offshores de la Mer du Nord, mais pas dans nos contrées. Et il demeure facile de dire que chacune permettrait l’alimentation de X ménages, sachant que la consommation électrique n’est pas majoritairement due aux ménages, elle ne représente qu’un tiers de la consommation électrique totale… il faudrait des milliers d’éoliennes pour que cette énergie polluant nos paysages commence à être significative en Suisse. Qu’il n’en déplaise, l’avenir énergétique demeure dans les barrages, dans les centrales nucléaires que nous avons pris soin d’exporter aux frontières de l’Europe, dans un développement du photovoltaïques de masse (pas des panneaux disséminés au petit bonheur la chance dans nos centres historiques, mais dans des centrales implantées sur les vastes toitures des zones commerciales et industrielles, ou sur les nouveaux bâtiments agricoles) et sur une consommation réfléchie de l’électricité (mais nous en sommes loin lorsqu’on prône la mobilité douce électrique qui n’a de douce que le nom). A mes yeux, l’implantation d’éoliennes à notre vue, mise bien loin de celle qui les prône, n’est rien d’autre que l’expression du mépris que nous devons trop souvent subir par ceux qui nous considèrent comme une zone périphérique d’assistés. Ne tombons pas dans le piège de la bien-pensance ! Préservons la qualité de nos paysages qui sont une réelle plus-value pour notre région et son attractivité ! Mais une fois encore, ces propos ne sont que le reflet de mon opinion et n’engage pas le PLR.

Avec mes amicales salutations,

JD Jeanneret

Lundi 12 octobre, nous est parvenue la réponse de M. Patrick Herrmann que nous reproduisons ici. Merci aussi vivemment à lui et son parti.

Cher Daniel Musy,

Comme Vert, partisan d’une transition énergétique massive, je ne peux que soutenir en général un développement raisonné de l’éolien pour remplacer les énergies fossiles et l’énergie d’origine atomique lorsque les circonstances sont favorables. Comme démocrate, je ne peux que soutenir en grande partie le résultat du vote sur le développement d’une conception cantonale de l’éolien. Comme habitant de la chaîne jurassienne, je ne peux m’empêcher de constater qu’on demande proportionnellement de grands sacrifices à cette région qui est jusqu’ici parvenue à préserver la beauté de sa nature et de ses paysages….

Les problèmes étant complexes et les solutions évolutives, je formulerais essentiellement deux remarques pour répondre à la question posée :

En ce qui concerne l’UNESCO, je soutiens la position de nos autorités et suis d’avis que cette reconnaissance joue un rôle primordial dans la vie et l’image de La Chaux-de-Fonds et l’estime de soi de ses habitants. Ce label prend davantage de signification encore si l’on considère la place assignée à la culture pour le développement de la ville, appuyée totalement par le canton dans cette perspective (à preuve, son soutien annoncé pour l’événement « La Chaux-de-Fonds capitale culturelle de la Suisse », en lien avec « les espaces de liberté et de création » qu’il a définis pour les Montagnes dans son rapport 18.045 touchant à son « programme d’impulsion » et ses « accords de positionnement stratégiques »). Il faut effectivement attendre la réponse de l’UNESCO et ne pas précipiter des décisions irréversibles susceptibles de toucher profondément le ressenti de la population même si, pour une fois, on ne touche pas son portemonnaie…

Concernant le parc éolien prévu au Crêt-Meuron, la levée de boucliers contre ce projet, de la part d’habitants de cet endroit ainsi que de nombreuses associations de défense de la nature, des loisirs et des sports, interpelle et rappelle que des zones cumulant autant d’attraits divers et variés que ce site ne sont pas légion ni dans notre région, ni dans notre canton. Une poursuite du dialogue entre ces associations et les promoteurs est indispensable, sans préjuger du résultat final des discussions. La participation individuelle ou collective d’habitants de notre ville à celles-ci parait incontournable. Cependant, à partir du moment où l’UNESCO devait considérer que les turbines prévues ne mettent pas en danger sa reconnaissance, la ville ne devrait plus s’impliquer en tant que telle dans ce dossier, à moins bien sûr que sa population ne l’en mandate…

D’autres aspects aussi bien positifs que problématiques de cette « industrie du vent » sont assurément intéressants. Ils peuvent ou doivent faire débat dans notre société, mais ils dépassent évidemment le cadre posé par les prochaines élections communales et je ne les évoquerai pas ici !

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